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Ottawa témoignage de l’arrestation à-la-biélorusse de Dan Oppizzi

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Radio Libre – 19 février 2022

Témoignage de Dan, Ottawa, le 18 février 2022. Violences policières contre citoyens pacifiques. Je suis arrivé à Ottawa, le premier jour de l’arrivée des camions…

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    Ottawa témoignage de l’arrestation à-la-biélorusse de Dan Oppizzi Radio Libre


Le témoignage en PDF: https://drive.google.com/file/d/1kdyBSSXYi-JEN9LprZN-YWnQoMmLivit/view?usp=sharing

Témoignage de Dan depuis Ottawa, le 18 février 2022.

Violences policières contre citoyens pacifiques. Je suis arrivé à Ottawa, le premier jour de l’arrivée des camions…  je suis resté les 4 premiers jours, puis je suis retourné à la maison, mais je sentais que je devais revenir à Ottawa et j’y ai voyagé encore 5 fois… au moins, pour des périodes de 1 à 2 jours…

Généralement, j’étais accompagné ! Hier soir, je suis allé seul. Sur place, j’ai participé à une bataille de boules de neige… c’était amusant, les camionneurs ont conclu à égalité contre les Canadiens…

Ce matin, vendredi 18 février 2022, je suis arrivé sur place à 11h.  Je suis arrivé au Parlement à pied par le musée de la Civilisation, qui s’écrit avec un C majuscule dans les plans fédéraux, celui où l’on montre toutes les stupidités que l’homme a réalisées au cours de l’histoire moderne du Canada…Tout était calme sur la rue Wellington, les parents arrivaient même avec leurs enfants… Vers 11h, des messages remontent vers la place en face du clocher du parlement, qui annoncent l’arrivée des forces d’intervention.

Fake news ? Intimidation ?

Les anciens combattants nous intiment de préparer une barricade avec de la neige. Illusoire, mais en plus du cordon humain, le mur de neige de plus d’un mètre est monté avec la foule en quelques minutes et peut certainement nous aider à éviter un assaut trop direct. Je sens venir du pont du Canal des écluses, celui en face de l’entrée du Rideau Hall, une tension inhabituelle…

je descends… je vais voir…

Une première ligne de policiers québécois habillés en brun forme un mur qui empêche les gens à se rendre sur la Rue Ride. Je m’approche, mais je garde une petite gêne. Pas trop prêt quand même…

Quelques femmes arrivent également sur la place… elles ne croient pas que l’assaut peut être donné. Elles pleurent. On se prend dans les bras, il faut rester fort… Puis, ma voisine me dit : « j’ai deux enfants, je ne bougerai pas ! Alors je resterai avec toi, je lui ai répondu. ».

Puis arrive une autre fille en pleur qui crie aux soldats qu’elle a des enfants, qu’elle ne veut pas d’un monde comme celui qu’elle voit devant elle…

Une autre femme arrive, puis une autre…Toutes pleurent… elles ont toutes des enfants et sont là pour eux… pas pour les restaurants ou pour les quincailleries… elles sont toutes animées par la volonté d’apporter un monde meilleur à leurs enfants…

Elles s’agenouillent à un pouce des soldats bruns, elles leur parlent… c’est dur, mais certainement pas aussi dur que pour les soldats bruns qui n’osent plus les regarder dans les yeux.

Personne ne bouge… les deux filles devant moi qui étaient à genoux, m’ont demandé de les protéger. Je me suis mis à genoux avec elles et je les ai enlacées.Nous sommes restés 2 heures au moins, genoux dans la neige. On tremblait, on était tendus, mais on criait aux soldats de laisser tomber cette bêtise et de rentrer à la maison.

La machine était bien préparée, pendant que les soldats du Québec montaient la garde à l’avant, à l’arrière, on préparait les soldats bleus de l’OPP, les soldats de l’Ontario. À peine furent-ils arrivés, que l’assaut fut donné. Nous avons plié la tête et nous avons résisté. Pacifiques nous avons commencé, pacifiquement nous résisterons.

Nous étions à genoux, à 1 pouce des soldats, l’ordre fut donné de pousser. À l’arrière aussi, ça s’est mis à pousser ! Je devais protéger les deux mamans de l’avant et de l’arrière… la ligne des soldats québécois nous dépasse d’un pied, et une femme officier de l’équipe québécoise nous tombe dessus et me dit : « lève-toi toi et ta femme aussi, sinon tu vas avoir mal et ce sera de ta faute… ». J’ai regardé les deux mamans et elles m’ont dit « non,on ne bougera pas ! », j’ai regardé les officiers et j’ai dit « non… et ce n’est pas ma femme,mais je la protégerai comme si c’était la mienne, car c’est une maman qui ce soir aimerait retrouver ses enfants… ». La femme officier a détourné les yeux et l’assaut a repris. La maman de droite a été prise en premier. Je la tenais fermement, mais à 7 ou 8 sur une personne contre moi, impossible de résister. Je me suis mis sur la maman de gauche. Je lui ai demandé de garder ses bras vers elle pour éviter de se les faire casser et surtout de plier la tête vers l’avant.

Il a fallu quelques secondes pour que l’officier québécois me mette les doigts dans la gorge pour me briser la nuque, et d’autres, les bleus, sont arrivés pour faire la belle tâche, soit casser des bras et donner des coups.

Malgré les nombreux mercenaires sur moi, j’ai résisté. Ils essayaient de tirer la maman de dessous mon corps, mais ils n’y arrivaient pas. Puis j’ai entendu « lâche-là où tu vas lui faire mal… », bien sûr, il était sous-entendu que si je ne la lâchais pas, ils allaient lui faire mal, pas moi….

J’ai demandé à la maman si je pouvais la lâcher. Elle m’a dit « oui », je l’ai lâchée et les vautours bleus l’ont tirée dans la neige en lui donnant des coups sur le corps et sur la tête.  J’ai cru – mais je ne l’ai plus revue– qu’elle était morte, ses pieds glissaient dans la neige et les vautours s’en délectaient…J’ai crié que c’était une maman sans arme et pacifique, mais d’autres vautours bleus en mal de violence m’ont attaqué avec brutalité. Ils se sont rués sur moi et m’ont écrasé contre un camion. Le choc fut violent. J’étais étourdi et ils m’ont attrapé, tiré derrière une remorque à l’abri du public et se sont défoulés à coup de pied, sur les jambes, les côtes, les bras, la nuque… ils m’ont plié les bras pour me faire souffrir pendant qu’ils frappaient… et finalement, ils m’ont serré les poignets avec des plastiques. Je saigne encore de ce traitement, plusieurs heures après ! Pour montrer leur dédain à ma personne, ils m’ont détruit mes lunettes de vue et m’ont traîné dans la neige.

Je ne pense pas que leur soif de violence était assouvie, mais j’avais compris que les soldats bleus, voulaient de la violence. J’ai été conduit dans une voiture de police sans trop de ménagement. On m’a lu mes droits en anglais, puis avec quelques mots et de grosses lacunes, aussi en français.

On m’arrêtait pour acte criminel de « sottise »… c’était leur traduction de « mischief ». J’ai bien sûr objecté en leur demandant si protéger deux mamans était un méfait, mais ils n’ont pas voulu répondre.

Je suis resté 1 heure menottes aux poignets avant que je puisse demander un avocat…

A côté de moi, un roumain canadien qui avait fui le régime de Ceausescu… Pour ceux qui ne le connaissent pas ou plus, le Ceausescu en question, c’est l’ancien dictateur de la Roumanie… L’exilé roumain qui était dans la voiture de police à côté de moi, c’est lui qui se bat aujourd’hui pour les droits canadiens, car il sait comment était son régime avant de pouvoir rejoindre une terre de paix, le Canada…

Aujourd’hui, il pleure la direction que prend son pays d’accueil… lui, il sait comment les régimes totalitaires se font… On m’a changé deux fois de voiture de police. Pour quelle raison, je n’en sais rien, mais on me promenait dans la ville. Ça a duré une heure ou deux… puis on est arrivé dans la cour d’un bâtiment commercial. C’est là que je devais être inculpé !? Mais un officier est venu parler à mon chauffeur et lui a dit « pas d’inculpation pour ce monsieur, lâchez-le dans la rue et qu’il disparaisse ! »On m’a lâché dans la rue sans mes lunettes, sans protection contre le froid…  je ne savais absolument pas où j’étais… ni même la direction qu’il fallait prendre pour retourner en ville…

J’ai commencé à trembler de froid, mais probablement aussi de stress, je ne pouvais plus parler ni respirer…  je commençais à réaliser ce qu’il s’était passé. J’ai appelé un ami qui était venu à Ottawa précédemment au début des manifestations. Par chance, il se rendait en ville et 20 minutes plus tard, il était là pour me prendre. Cet ami est gardien de la paix et mon récit lui confirme ce qu’il pensait et ce que beaucoup pensent : la légitimité des actes d’aujourd’hui n’est pas réelle, relâcher un manifestant sans chef d’inculpation est simplement une intimidation, le Premier ministre canadien est donc complice de violences illégales sur ses citoyens.

Je prie pour que la violence s’arrête avant qu’un accident encore plus grave ne soit provoqué par les forces de l’ordre, car aujourd’hui, il y avait vraiment une envie de violence auprès de certains policiers…

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